Hommage à Pierre CRESPEL

Le 15 juillet 2009, Pierre CRESPEL quittait ce monde …

L’Amicale ne l’a pas oublié et tient à lui rendre hommage à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition.

Pendant toutes les années de la construction du Tunnel sous la Manche, Pierre CRESPEL, Maire de Coquelles, fut un vrai Bâtisseur et un partenaire essentiel du Chantier du Siècle.

Dès la fin de ce chantier, il initia le soutien primordial et indéfectible de la Mairie de Coquelles à l’Amicale dont il était membre à part entière.

Ce soutien, assuré sans relâche depuis 1995 par ses successeurs Astrid CRESPEL, Michel SELINGUE et Michel HAMY, reste tel que Coquelles, Ville du Tunnel, est aussi la Ville des Bâtisseurs.

Robert HOUBION nous a transmis les 2 articles de presse ici joints.

Ils retracent la biographie de Pierre CRESPEL et illustrent plus largement le sens de cet hommage.

« NORD LITTORAL »

Calaisis

L’ancien maire de Coquelles foudroyé par la maladie

La disparition brutale de Pierre CRESPEL

Avec 34 ans de présence au sein de l’assemblée communale, Pierre CRESPEL aura marqué la vie coquelloise de son empreinte. Il s’est éteint à l’âge de 66 ans.

À peine deux ans après le décès d’Astrid, son épouse, Pierre CRESPEL a été emporté par une tout aussi implacable maladie. Coquelles vient de perdre en l’espace de trois ans un maire et deux maires-honoraires

Une nouvelle fois la ville de Coquelles est en deuil. Hospitalisé d’urgence, Pierre CRESPEL est décédé mercredi soir vers 23 h 15 à la clinique de la Côte d’Opale, terrassé par un mal qui ne le rongeait que depuis quelques semaines.

Tout s’est déroulé en effet très vite car les symptômes de la maladie étaient récents. Des examens étaient d’ailleurs encore en cours pour déterminer précisément l’origine du mal.
La nouvelle est tombée hier dans les premières heures de la matinée, soulevant une très vive émotion parmi tous ceux qui le côtoyaient. Ils avaient pu remarquer que sa santé s’était quelque peu détériorée sans pour autant envisager le pire.
Après Michel SELINGUE, maire en activité, mortellement blessé sur l’autoroute lors d’un retour de vacances le 21 juin 2006, après la disparition d’Astrid CRESPEL le 9 octobre 2007, c’est le troisième personnage qui présidait aux destinées de la ville du Tunnel sous la Manche qui vient de nous quitter. Il ne faut pas y voir une malédiction particulière pour autant mais quand même… Les Coquellois doivent se demander quand cette triste série, à laquelle il faut ajouter la disparition de Bruno Butez, adjoint au maire, va-t-elle enfin s’arrêter.
Il y a des dates que la famille CRESPEL ne pourra jamais oublier et qui se suivent au calendrier. Pierre CRESPEL est né le 1er  juillet 1943 à Lens. Il a pris Astrid pour épouse le 2 juillet 1966 à Loos-en-Gohelle. Et c’est le 3 juillet 1946 qu’Astrid a vu le jour.

Un de Gaulle à ses côtés
… Pierre CRESPEL effectuera son service militaire chez les paras, à Castelsarrasin puis à Grenoble, enfin à Pau, de quoi vous forger un homme. Lui qui avait débuté sa carrière d’enseignant à Lens avant de partir sous les drapeaux, débarque un beau jour à Escalles en 1964, puis à l’école Balzac de Calais, à Marck, aux Hautes-Communes, enfin à Coquelles en 1967.
Le registre de population de la mairie atteste de son arrivée ici le 15 octobre pour une carrière qu’il terminera à l’école Abel-Mobailly. Non content d’éduquer des générations de jeunes, « Pierrot » comme l’ont appelé tant de gens ne tardera pas à s’investir dans la vie locale. Il entre ainsi au Conseil municipal le 21 mars 1971 en qualité de conseiller municipal délégué aux sports puis est nommé premier adjoint lors de l’élection suivante pour accéder au poste de maire en 1983 où il effectuera deux mandats jusqu’en 1995 pour laisser sa place à Astrid un certain 18 juin, date ô combien importante à ses yeux, lui qui n’a jamais caché son admiration pour le Général de Gaulle dont il collectionne les médailles garnissant ses vitrines et livres et documents emplissant la bibliothèque.
On ne vous dit pas l’immense joie qui s’empara de lui lorsqu’il réussit à faire venir l’amiral Philippe de Gaulle à Coquelles. C’est d’ailleurs cette photo que l’on peut apercevoir chez lui, dès la porte franchie, dans le petit hall d’accueil.

…et un Mitterrand à accueillir
Dans son parcours, Pierre CRESPEL a eu l’occasion de faire d’autres rencontres historiques et de participer notamment à un événement planétaire: l’inauguration du Tunnel sous la Manche le vendredi 6 mai 1994. C’est lui qui était tout désigné pour accueillir François Mitterrand, président de la République, à sa descente de l’Eurostar et de se retrouver en tête à tête avec le chef de l’Etat dans les locaux du centre d’information, une journée au cours de laquelle le maire de Coquelles eut également le privilège de saluer la Reine d’Angleterre.
« J’étais loin d’imaginer… » , déclarait-t-il alors dans nos colonnes quelque temps plus tard, lui qui s’était vu confier les rênes d’un gros bourg rural devenu en si peu de temps une commune placée sous tous les feux de l’actualité et promise à un exceptionnel développement économique.
Le tunnel, Cité Europe… Quel bouleversement ! Il en parlait encore tout récemment avec Pierre Matheron, ancien directeur des opérations France de TML à l’occasion d’une visite à l’exposition réalisée par l’amicale des Bâtisseurs du tunnel et de cette soirée, où, tous les deux avaient vu passer, les larmes aux yeux, le premier tunnelier parti attaquer le chantier du siècle.

Très attaché à l’aspect social
Marqué par la fermeture de Courtaulds, Pierre CRESPEL fondera de gros espoirs sur le développement de la zone Courtimmo, sur la construction d’une nouvelle salle polyvalente (ce sera plus tard Calquella), sur le développement des activités sportives et de loisirs. On le vit ainsi occuper très longtemps le poste de secrétaire du club de football du Sporting de Coquelles avant d’en devenir le président en 1999. Il y joua d’ailleurs dès son arrivée à Coquelles avant de créer une équipe de jeunes.
Soucieux de voir les enfants de la commune s’occuper durant les vacances, c’est lui qui créa le premier centre aéré en 1973. En dépit du bond économique prodigieux qui avait transformé sa ville d’adoption, Pierre CRESPEL n’en demeurait pas moins vigilant sur les véritables retombées en terme d’emplois. « Je ne veux pas de promesses mais des réalités sinon je ne signe pas… » nous avait-il confié quelques mois avant l’ouverture officielle du lien fixe. L’effet tunnel était l’une de ses préoccupations majeures.
Emmanuel son fils, Frédérique, sa fille, ses trois petits-enfants peuvent être fiers de lui. Nous partageons leur peine dans cette nouvelle épreuve.

Hervé DEGUINES
– Les obsèques de Pierre CRESPEL seront célébrées lundi prochain 20 juillet à 15h en l’église Notre-Dame de l’Assomption de Coquelles.

« NORD LITTORAL ,

Coquelles

Obsèques de Pierre CRESPEL

Une foule dans le recueillement

Ils étaient très nombreux à avoir vécu la cérémonie sur le parvis de l’église.
Dans le cadre d’une cérémonie à la fois simple et forte en émotion, des centaines de Coquellois ont participé aux funérailles de leur ancien maire. En l’espace d’à peine deux ans, ce sont pour beaucoup les mêmes personnes qui ont assisté aux obsèques de Pierre CRESPEL, une cérémonie célébrée par l’abbé Georges QUENEZ n’étant pas sans rappeler celle qui avait marqué la disparition de son épouse Astrid.

Unis dans le même recueillement, les habitants de la commune étaient venus dire adieu à celui qu’ils avaient coutume de rencontrer : un homme simple, affable, toujours d’humeur égale, estimé de tous, disponible à tout moment pour répondre aux sollicitations de toutes sortes, sa porte constamment ouverte au service de ses administrés.
A cette foule d’anonymes, d’amis, de voisins s’étaient joints de nombreux maires de la région, des élus communautaires et une délégation de l’amicale des Bâtisseurs du Tunnel-sous-la-Manche, ce grand chantier que Pierre CRESPEL eut le privilège de vivre et d’accompagner.
Après l’accueil de la communauté paroissiale et un bel hommage retraçant notamment la carrière du défunt, Martial STOUP premier adjoint, excusa l’absence de Michel HAMY, maire et conseiller général, qui avait appris la terrible nouvelle le jour sur la route le conduisant dans le Sud-ouest pour quelques jours de repos.

« La flamme ne s’éteindra jamais »
L’orateur se souvint du temps où, en culotte courte, il avait connu « Monsieur Crespel » alors instituteur à l’école Abel Mobailly. Il se rappelait de cet homme qui avait conservé de la région des mines où il était né un patois qui faisait rire toute la cour de l’établissement.
Il se rappelait surtout de quelqu’un chez lequel il avait ressenti la volonté d’être proche des autres pour devenir un élu de proximité toujours à l’écoute de ses concitoyens. « Tu étais aux rênes de l’une des seules communes de France à connaître un essor économique gigantesque en aussi peu de temps », devait-il souligner. Martial STOUP évoqua également ce « fervent gaulliste » qu’était Pierre CRESPEL, sa passion pour le football, envers les jeunes pour lesquels il créa le premier centre aéré de la commune, sa participation à la signature de l’acte de jumelage réunissant Coquelles et Leers.
Le premier adjoint faisant fonction de maire en ces douloureuses circonstances rappela encore qu’après le décès d’Astrid CRESPEL, les dirigeants du SC Coquelles avaient émis le souhait que le terrain d’honneur du stade municipal soit baptisé de leurs deux noms, vœu aussitôt exaucé et qui n’en a effectivement que plus de sens aujourd’hui.

« Il avait su faire face… »
Puis il se tourna vers la famille du disparu en lui présentant, au nom du maire et du conseil municipal, ses plus sincères condoléances en les assurant que «  la flamme ne s’éteindra jamais », empruntant ainsi l’une des plus célèbres phrases prononcées par le général de Gaulle au terme d’un discours sur lequel on pouvait apercevoir la reproduction d’une photo représentant une Croix de Lorraine, celle qui se dresse, monumentale, dans le ciel de Colombey-les-deux-églises.
Parmi cette foule venue se recueillir, Michel NIEMANN, ancien secrétaire général de la mairie de Coquelles. De longues années, ce dernier avait été le collaborateur le plus proche de Pierre Crespel. « C’était un homme très sensible qui a su très rapidement assumer le problème posé par l’arrivée du chantier du siècle. Il était de grand contact et a beaucoup œuvré, également dans le logement social. Comme il le disait souvent, il voulait travailler pour les générations futures. Cette période ne fut pas toujours très rose au travers de soucis administratifs qu’il fallait résoudre mais c’était tellement enthousiasmant. Pierre Crespel a su faire face avec philosophie, avec passion. Je peux dire aujourd’hui qu’il a laissé des bases solides pour que la commune prospère. » A ses côtés, l’ancien patron des opérations France de TML, Pierre MATHERON, avait tenu à être présent pour quelqu’un qu’il tenait en profonde estime et c’est sans hésiter une seconde qu’il s’est décidé à traverser tout le pays pour lui rendre hommage.

Le symbole de la France profonde
Son émotion était intense en pénétrant dans la petite église. Elle l’était encore tout autant à l’issue d’une cérémonie dont Pierre MATHERON a énormément apprécié la simplicité, comme pouvait l’être son ami disparu. « C’était une cérémonie vraie, sans fioritures. Pierre symbolisait la France profonde avec les valeurs que l’on aimait trouver chez un enseignant de son époque, c’était un homme de terrain. C’est ce qu’il aimait chez le général de Gaulle. Lors de la construction du Tunnel, on a voulu que les gens le construisent avec nous, non qu’ils soient de simples spectateurs.
Nous avons eu de nombreux échanges, parfois quelques petits désaccords mais, globalement, nous nous sommes compris et nous nous sommes faits confiance. J’ai réalisé beaucoup de grands travaux mais celui de Coquelles fut bien différent des autres, en particulier au point de vue humain. Vous savez, il y a ici une bonne partie de ma vie
… » Et c’est sans doute aussi cette partie de sa vie que Pierre MATHERON a vu défiler en assistant à l’adieu à Pierre CRESPEL et à ces grands moments qu’ils ont partagés ensemble, ceux d’une aventure hors du commun, pour l’éternité.

Hervé DEGUINES